Lettre d’un collègien agricole en première année

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Bonjour à vous,

Nombre de marraines et parrains ont reçu en ce début juillet une lettre de leur filleul. Et nous pouvons les en remercier car le français n’est pas leur langue vernaculaire mais une langue apprise à l’école. Et quand on est du niveau de la 5° ou 4° classique, ce n’est pas évidant. Un problème récurrent pour les enseignants et notre Association. Alors cette fois-ci un élève d’Ambalavao, non parrainé personnellement, a écrit à destination d’un parrain souhaité une lettre que je n’hésite pas à dire remarquable. Il en donne lui-même le secret. Je n’ai pas  résisté à l’envie de la saisir pour la diffuser largement ; vous y apprendrez bien des détails que peut-être vous ignoriez encore. Bonnes vacances. N’oubliez pas, parrains et marraines d’Ambalavao et de Béfandriana d’adresser  votre lettre destinée à encourager votre filleul(e) pour la reprise ;  et ce pour le 14 août. Merci pour lui  ou elle !

Amicalement

Jean Corbanie

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Ambalavao, le 10.04.13

Cher Parrain,

En écrivant cette lettre, mon grand-père m’a beaucoup aidé dans la réalisation car moi je lui parle de notre vie au collège et lui il essaie de traduire en français.

J’ai le plaisir de vous faire connaître la cause de ma présence au collège agricole SOARANO/AMBALAVAO. Depuis mon enfance, je préfère aller au champ avec mes parents pour la préparation de culture (riz, manioc, patates douces et autres cultures vivrières).

En fréquentant la classe de 4° du cycle secondaire, l’année dernière (2011 – 2012), j’ai rencontré un ami, élève sortant de la dernière promotion du collège. Il m’a donné des renseignements concernant l’inscription d’entrée au collège. Le 15 août 2012, nous avons fait un examen ; nous sommes sept dont quatre sont admis. La date d’entrée au collège est le 15 septembre 2012. J’ai quitté Sakalalina mon village natal et ma famille le 08 septembre 2012, pour rejoindre Ambalavao avec mes bagages. Sakalalina est Ambalavao sont séparés d’une distance de 195 km.

Il y a trois sortes de classes au collège :

1ère année Agriculture

2° année Elevage

3° année Montage des projets.

Pour commencer on nous montre comment on prépare le « compost ». Le compost est un engrais provenant de la décomposition végétale et des petits insectes (biologique). On prépare le compost pour avoir l’Humus. L’humus est composé des particules d’une couleur marron noirci, léger dans la main. On trouve l’humus dans la forêt où la décomposition des feuilles sont denses. L’humus a pour rôle de former le sol arable, coller les grains de sable à la poussière et l’argile, alimenter les insectes microscopiques du sol, d’où son nom « biochimique ».  (…)

La matinée notre étude s’est déroulée sur terrain en pratique, la soirée en classe, la théorie. Nous cultivons des plantes vivrières de trois mois (note : c’est-à-dire par trimestre avec changement de culture le 2° trimestre)  – nous ne pouvons pas cultiver au troisième trimestre à cause de la sécheresse (manque de pluie).

Je suis très satisfait à l’étude et j’ai constaté des grands respects et confiance envers les éducateurs (professeurs) et élèves-étudiants. Sur terrain en pratique et en classe en théorie, j’ai constaté aussi un grand changement dans ma vie. Comme je suis un fils de paysans, j’aime défendre et respecter l’environnement et sur toutes ses causes qui m’attirent à suivre les études du collège pour pouvoir améliorer l’agriculture, l’élevage qui sont les bases fondamentales du développement rural.

C’est ici au collège que j’ai consommé pour la première fois le riz cantonnais et haricot pure. Au début, j’ai mal au ventre, puisque ça n’existe pas chez nous, à la campagne, mais je m’habitue lentement et actuellement je suis habitué.

Je me souviens bien maintenant des leçons données par nos professeurs. « Quand on fait quelque chose, il faut avoir une grille d’évaluation – de bons comportements – des gestes professionnels – du dynamisme – des capacités d’analyse et d’observation. »

La vie au collège : Avant nous utilisions le groupe électrogène pour l’électrification du domaine du collège qui ne dure que quelques heures par jour (18h à 21h30). Actuellement ça change depuis l’obtention des panneaux solaires qui assurent l’éclairage de toutes les pièces existantes (bureau, réfectoire, dortoir, salles d’étude, WC) ainsi que la cour toute entière. Nous pouvons achever nos devoirs et leçons, même en pleine nuit car il y a du courant pendant 24/24 au collège. Chose qui nous manque, c’est l’eau. Il n’y a qu’une borne qui marche. Les élèves sont obligés d’utiliser l’eau du puits pour la toilette et la lessive. Mes jeux préférés sont le foot-ball et le basket-ball. J’aime aussi écouter la musique le samedi et le dimanche.

Vie sociale : J’ai la joie de vous écrire ; je crois que vous êtes en bonne santé comme moi. Bonne lecture. Je commence à conscientiser mes amis de la campagne à choisir de suivre leurs études dans des collèges techniques, comme le nôtre puisque l’enseignement général n’a pas de but précis. Nous avons pris part au reboisement national  pour rétablir la forêt, et nous luttons toujours contre la déforestation pour défendre l’environnement. Le creusement des trous s’est fait le 22 février à Ambalavao, notre chef-lieu de district, et la mission de quatre personnes dont un professeur et trois élèves. Le chef de district d’Ambalavao a offert 500 plants pour le collège pour l’aménagement de l’environnement. Nous, habitants du collège, avons participé le 08 mars, les filles à la fête des femmes et les garçons au nettoyage du bassin de poissons et à la récolte des haricots. Nous savons bien et on nous apprend que l’agriculture et l’élevage se dépendent et ne se réparent jamais. Je m’arrête maintenant mais j’espère vous raconter beaucoup de choses plus intéressantes à la prochaine fois.

A bientôt, je vous envoie mes meilleures pensées les plus reconnaissantes.

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